Sabtu, 24 Januari 2015

Mon autobiographie

Je m’appelle Fatmawati Indah Lestari Stuby. C’est un nom qui peut paraitre long mais c’est une habitude en Indonésie. Ainsi, Fatma veut dire fleur de lotus, wati est le suffixe pour femme, indah veut dire belle et lestari veut dire éternelle. Je suis ainsi une « belle fleur de lotus éternelle ». Je suis fière de ce beau et long nom qui m’a été donné par mes parents. Je suis née le 20 janvier 1984 dans un petit village, nommé Bage, au bord du lac Toba, sur l’île de Sumatra en Indonésie. Je suis de l’ethnie traditionnelle Batak et j’ai une grande famille - un père, une mère, trois sœurs et deux frères. Une famille de cette taille était la norme jusqu’il y’a peu. Au sein de l’ethnie Batak existe un principe selon lequel faire beaucoup d’enfants est source de richesse pour la famille. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce principe qui pour moi signifie que l’enfant devient un objet pour rechercher la richesse matérielle. Néanmoins, j’ai découvert qu’au sein d’une grande famille se crée une dynamique différente. Il faut partager avec les autres et il faut s’accorder a beaucoup de caractères différents.J’ai été élevée à l’intérieur d’une famille harmonieuse mais disciplinée. Ma mère était maîtresse primaire dans la petite école de mon village. Elle a enseigné durant 38 ans. Elle n’est pas originaire de ce village mais a été placée là par le gouvernement après ses études pédagogiques à l’université. Elle s’est mariée avec mon père qui est originaire de mon village. Celui-ci travaille comme paysan. Il cultive des oignons, des tomates, des oranges et d’autres légumes. Après son travail à l’école, ma mère avait l’habitude d’aider mon père au champ. Mes frères et sœurs et moi les aidions également dans cette tâche. C’était obligatoire. Tous les enfants du village font de même après l’école. C’était une vie difficile pour mes parents qui devaient subvenir aux besoins de six enfants.
Mon village est très isolé et loin de la ville. On peut y accéder en bateau par le lac ou par une route défoncée depuis la terre. Entourée de collines, le village se love dans une crique bordée par les eaux du lac. Lorsque j’étais petite, il n’y avait pas encore d’électricité et la plupart des habitants utilisaient des lampes à gaz ou à pétrole. Le village devenait sombre et assoupi dès la nuit tombée. Néanmoins, puisque mes parents avaient ouvert une petite échoppe-restaurant, mon père avait acheté une génératrice de sorte que les clients et nous autres puissions regarder les nouvelles et les émissions à la télévision. Parmi les 200 maisonnées de mon village, chaque famille a quatre à six enfants. Les infrastructures se résument à une école primaire, une église un couvert pour les rassemblements et les fêtes traditionnelles et enfin un bassin faisant office de source d’eau potable et de bains publiques pour les habitants. La communauté villageoise fonctionne selon un système d’entraide. Par exemple, les villageois se rassemblent pour travailler dans  le champ d’un paysan et sont payés à la tâche ou sont récompensés par le travail de celui-ci dans les leurs.
Mon enfance au village était très belle et joyeuse, bien qu’épargnée par la modernité. Avant de commencer l’école primaire, je jouais toujours à des jeux traditionnels avec mes amis autour de la maison. Quelques fois lors des après-midis chauds, nous courrions à la rivière pour nous baigner dans l’eau limpide. Mais dès l’âge de neuf ans, mes parents me firent déjà travailler aux champs. En tant qu’enfant de paysan je n’avais pas le choix, comme tous les autres enfants du village d’ailleurs. Normalement, après le retour de l’école à 13h00, je me dépêchais de dîner et me préparais à partir aux champs où je travaillais avec mes frères et sœurs jusqu’à 17h00. Le dimanche, jour sans école, moi et mes amis proches nous rassemblions et allions nous baigner au lac ou jouions à cache-cache, faisions nos devoirs ensemble, nous baladions dans les collines ou apprenions à cuisiner. Cet environnement a contribué à faire de moi une personne qui aime la nature et l’aventure, une personne sociale qui a de grands rêves. A part jouer, lorsque j’étais petite j’aimais lire des livres d’histoires et aussi les magazines de ma mère.  Ma mère est une personne qui aime bien lire et j’ai été influencé par elle. Je lui demandais toujours d’emprunter des livres d’histoires dans la bibliothèque de l’école et je les lisais et relisais plusieurs fois. Les histoires que je préfère depuis mon enfance sont les histoires de famille ou les histoires sur la relation entre les hommes, la nature et les animaux. Selon mes parents, j’ai commencé l’école à l’âge de cinq ans. A cet âge, je savais déjà lire car, à la maison, j’étais motivée à suivre mes grandes sœurs. Chaque fois qu’elles partaient pour l’école je pleurais et demandait d’aller moi aussi à l’école. Puisqu’il n’y avait pas de crèche dans mon village, mes parents suivirent ma volonté et me mirent à l’école. Je fus l’élève la plus jeune de ma classe durant mes six années d’école primaire. Ce ne fut jamais un problème car j’arrivais à suivre aussi bien que mes camarades.
Il y’a une chose qui m’impressionna vraiment durant cette période d’école primaire. A l’âge de neuf ans, un groupe d’étudiants de la ville vint dans mon village pour effectuer un stage de terrain. C’était un groupe de dix jeunes, cinq filles et cinq garçons, suivant diverses études d’enseignement. Leur tâche était de travailler au sein des classes, d’organiser des appuis en soirée et de suivre les paysans aux champs. A cette époque, j’étais très enthousiasmée par leur présence. A part le fait qu’ils viennent de la ville,  j’étais enchantée parce qu’ils arrivaient à rendre l’environnement d’apprentissage en classe plus vivant. Nous apprenions à jouer et à apprendre avec un système différent de notre habitude et qui était bien plus réjouissant. Le soir, moi et certains de mes amis nous rendions toujours dans leur maison afin d’y étudier et d’y faire nos devoirs. Nous étions vraiment heureux. Durant ces deux mois de leur présence dans mon village, je profitai de leur gentillesse, de leur bonté et de leur travail. Après leur départ, je me murmurai qu’un jour moi aussi je souhaite faire la même chose qu’eux. Je voulais enseigner aux enfants des villages qui sont loin de la ville, faire le même type de choses que ces étudiants m’ont appris. J’avais le sentiment que ce qu’ils avaient fait nous avait rendu heureux moi et mes amis du village. Je souhaitais que ma vie soit comme la leur, être utile aux gens qui sont dans le besoin.
L’époque de l’école primaire se termina alors que j’avais onze ans et je dus quitter mes parents pour m’installer chez ma grand-mère qui habitait à six heures de route de mon village. Je dus faire ceci car il n’y avait pas d’école secondaire dans mon village. Quitter tous mes copains de jeux me rendit triste. Tous les amis de mon âge quittèrent également leurs parents mais résidèrent en résidence, dans des chambres louées ou chez des connaissances dans d’autres villes. C’est un grand sacrifice qui doit être fait pour recevoir une meilleure éducation. Pour moi, le fait d’être séparée de mes parents à un très jeune âge constitue un évènement important qui a fortement influencé mon existence. Je vécus donc trois ans chez ma grand-mère qui était très sévère et portée sur la discipline. Quelquefois je devais garder pour moi le fait que mes parents me manquaient, même si la présence de mon grand frère et de mes grandes sœurs avec moi chez ma grand-mère rendait ma vie plus facile. Néanmoins, nous devions effectuer le même type de corvées que dans mon village. Après être rentré de l’école, moi et mes frères et sœurs étions obligés d’aller aux champs et d’aider ma grand-mère à planter et à s’occuper du maïs. Je découvris également de nouvelles choses dans cette nouvelle vie : un nouvel environnement avec chaque jour des véhicules qui passaient non loin de chez ma grand-mère, une nouvelle langue car la langue locale de mon village était différente de celle du village de ma grand-mère, de nouveaux amis, de nouveaux sports et même l’apprentissage du vélo. Ce fut également la première fois que j’appris une langue étrangère : l’anglais. En effet, j’étais très motivée à apprendre cette langue si bien que je m’inscrivis à des cours d’anglais privés après l’école. Ces cours se faisaient en ville à une heure de route de chez ma grand-mère. Je m’y fis de nouveaux amis citadins et ceci contribua à augmenter ma motivation. 
Mon intérêt pour les petits enfants débuta dans le village de ma grand-mère, où chaque week-end moi et mes frères et sœurs rendions visite à mon oncle et ma tante qui avaient cinq enfants dont deux étaient encore bébés. Mon oncle et ma tante possédaient un petit restaurant. Donc, durant leur travail, nous avions la responsabilité de garder leurs enfants, de les nourrir, de jouer avec eux et même de les bercer lorsqu’ils pleuraient. Ce fut une première expérience pour une adolescente comme moi mais j’aimai cela. Ma relation avec mes petits cousins était très bonne et je me sentais proche d’eux. J’attendais le week-end avec impatience pour pouvoir les voir et m’occuper d’eux. Ils nous appelaient même « grandes sœurs ».  Néanmoins lors des grandes vacances, nous revenions à Bage pour rendre visite à nos parents et les aider à travailler aux champs. Notre aide lors des vacances leur était très utile. Après trois ans passés chez ma grand-mère, je dus finalement déménager à nouveau et me séparer de mes amis et de mes petits cousins et cousines. Je continuai mes études en entrant au gymnase de Medan situé à cinq heures de route de mon village. Medan est la capitale de la province de Nord-Sumatra et est la troisième plus grande ville d’Indonésie. La vie là-bas est de plus en plus moderne avec une grande concentration de population. Je passai ma première année dans cette ville avec mon grand frère, mon petit frère et ma troisième grande sœur. Bien qu’habitant loin de ma région, je me sentais à l’aise car je restais avec mes frères et sœurs. Mais lors de ma deuxième année de gymnase, mon grand frère partit pour Jakarta, la capitale, pour chercher du travail. Mes parents trouvèrent que nous n’étions plus en sécurité sans la présence d’un homme plus âgé à la maison, de sorte que nous déménageâmes ensemble dans la maison d’un oncle et d’une tante habitant Medan. Mon oncle et ma tante avaient trois enfants, dont deux étaient à l’école primaire et un avait encore deux ans. Ce fut une nouvelle expérience que de vivre avec de petits enfants. Ainsi j’approfondis ma connaissance des enfants de cet âge. Je jouais et j’étudiais avec eux et durant une année j’apprenais leur caractère et  j’étais le témoin de leur développement. Finalement, ma troisième sœur continua son université dans une autre ville et moi je déménageai dans une chambre louée proche de mon gymnase. Mon petit frère, lui, habita chez des proches près de son école. Ainsi commença ma vie sans mes proches, ma vie indépendante. J’habitai avec une amie du gymnase dans une chambre d’une maison appartenant à un jeune couple. Moi et mon amie devinrent proches car nous habitions ensemble et passions beaucoup de temps ensemble en dehors de l’école. Durant ma deuxième et troisième année de gymnase, je suivis les activités du groupe des « amis de la nature » où je rencontrai de nouveaux amis partageant le même hobby. Lors des vacances et pendant les week-ends nous avions l’habitude d’aller en montagne et d’y camper. Nous étions des adolescents apprenant à connaître la nature. Lorsque je faisais l’ascension des montagnes j’appris à mieux me connaître et découvris le caractère de mes amis. Aller en montagne n’est pas habituel en Indonésie, nous étions considérés comme des ados bizarres, qui n’avaient rien d’autre à faire que de se mettre en danger. Voici l’impression que nous donnions. Néanmoins, cette activité me comblait et je trouvai mon identité en tant que villageoise proche et amoureuse de la Nature.
Une nouvelle vie s’ouvrit à moi lorsque je fus reçue à l’université publique de Medan, après avoir disputé mon ticket d’entrée avec des milliers d’autres gymnasiens. Ce fut une source de fierté pour moi mais surtout pour mes parents. En effet, en entrant dans une université publique, mes parents n’avaient pas besoin de payer cher mon  écolage et c’était là bien ce que recherchaient les élèves et leurs parents. Je rencontrai de nouveaux amis dans la faculté de sociologie et dans ma branche d’administration publique. Mais peu à peu, je me rendis compte que quelque chose manquait à ma vie. Je n’appréciais pas mes études et mes frères et sœurs qui vivaient maintenant sur l’île de Java me manquaient. Je ne pouvais que m’imaginer leur vie là-bas en regardant une carte de géographie. Un conflit intérieur commença à me ronger et je commençai à me représenter ce que serait mon futur si je continuais dans ces études d’administration publique. Voulais-je vraiment devenir un élément de l’appareil d’Etat ? Travailler pour le gouvernement ? Alors que mon rêve de petite fille était de soutenir les enfants dans le besoin dans les zones délaissées ? Finalement je décidai de suivre à nouveau des tests d’admission pour entrer dans une autre université publique, bien que ce soit là juste un essai et qu’il y ait fort peu de chances que je sois retenue. Ainsi, lorsque je vis mon nom inscrit dans la feuille d’avis officiels, je ne pus presque pas y croire. J’étais reçue à l’Université Gajah Mada, l’une des universités les plus prestigieuses d’Indonésie !  Cette université est située dans la ville de Yogyakarta, au centre de l’île de Java. Mes parents furent heureux même si ils étaient un peu dépassés par mon choix d’entrer en faculté de philosophie. Comme dans d’autres pays, en Indonésie aussi les gens ont l’impression que les personnes étudiant la philo vont devenir bizarres et sans but dans la vie. Néanmoins j’étais contente de mon choix et j’allais étudier dans la ville de mes rêves, ville qui jusque-là n’était pour moi qu’un nom sur une carte.
La ville de Yogyakarta qui a comme logo « le confort pour tous » rendit vraiment ma vie confortable. J’y appris beaucoup de choses nouvelles, je découvris une nouvelle culture, je rencontrai une grande variété de nouvelles personnes, j’appris une nouvelle langue locale, le javanais. L’atmosphère du campus m’apporta un sentiment nouveau au fond de moi. Je me rassemblais avec le groupe des amis de la nature de ma faculté, je suivais des cours de théâtre et quelques fois je m’entrainais à faire des sessions jam avec des groupes de musique ou passais mon temps à débattre avec des groupes d’étudiants. La nature sur l’île de Java est différente de celle de Sumatra. Peut-être parce que la densité de population y est plus forte, la nature y est moins sauvage et donc plus accessible qu’à Sumatra. Là-bas, je visitais souvent de beaux endroits, à commencer par les plages, les rivières, les temples jusqu’aux montagnes. La vie dans cette ville est aussi très dynamique car de nombreuses ethnies de toute l’Indonésie et même des visiteurs d’autres parties du monde y résident ou visitent cette cité culturelle.  Je trouvais cela exceptionnel, je vivais quelque chose qui n’est pas donné à tout le monde de vivre, si je pense à mes amis de l’école primaire ou secondaire restés dans leur village. Je suivais mon chemin à travers cette nouvelle vie parfois ressentant des difficultés à m’adapter et d’autre fois me sentant à nouveau confortable.
Durant mes études, j’appris à connaître les pensées de nombreux philosophes qui parfois me rendaient circonspecte mais qui la plupart du temps m’enchantaient tant il y avait de connaissance que j’avais encore à découvrir.  La pensée logique, l’éthique et la dialectique titillaient ma pensée, puis vint la pensée socialiste, la cosmologie et l’humanisme. Tout cela me paraissait intéressant mais finit par m’embrouiller l’esprit. Finalement, je trouvai ma voie dans le féminisme. Je fus comme attirée par cette pensée et m’en sentis proche. Je me rendis compte de la réalité de la condition de la femme au sein du peuple. L’égalité est souvent inexistante pour de nombreuses femmes en Indonésie, certaines étant traitées comme des esclaves dans leur vie domestique. C’est un fait que l’oppression des femmes  influence fortement la vie de leurs enfants. Si les femmes sont mises de côté, leurs enfants sont ignorés et cela finalement influence leur développement dans le futur. Par exemple, de nombreuses femmes sont devenues les victimes de l’avidité des entreprises d’extraction de ressources naturelles. J’ai lu de nombreux cas sur ce sujet dans de nombreuses régions où la nature est exploitée par de riches corporations. De nombreuses femmes et leurs enfants sont victimes de la dégradation de leur environnement et  victimes d’harcèlement sexuel par les employés des entreprises. Ceci se passe notamment dans une des îles les plus excentrée dans l’est de l’archipel indonésien : la Papouasie
Durant ma deuxième année d’université, je fus active dans un groupe de rafting et dans un groupe de sauvetage en mer. Je rencontrai à nouveau des amis partageant les mêmes hobbys. J’apprenais à dompter les flots impétueux des rivières, à lire le courant et à m’émouvoir de la mort d’amis emportés par la force de la rivière. Je commençais à apercevoir le but de ma vie : suivre ma vie comme une rivière dans laquelle on se laisse emporter par le courant. J’appris à connaître plusieurs amis originaires de l’île de Papouasie et nous échangeâmes de nombreuses histoires. Petit à petit, je devins de plus en plus intéressée par les histoires sur cette île, sur la vie de ses habitants, sur la beauté et la richesse de sa nature qui attire même l’attention de la scène internationale. Un jour je leur demandai quel était le moyen le meilleur marché pour atteindre cette île située à l’extrémité orientale de l’Indonésie, car je me sentais poussée à aller voir de mes propres yeux les conditions de vie du peuple là-bas. Un jour je souhaitais poser le pied sur cette île mythique.
Un jour de l’année 2005, exactement trois mois après le grand tsunami qui dévasta l’île de Sumatra dans la province d’Aceh, je reçus la nouvelle de mon grand frère que mon village avait été touché par un tremblement de terre dont l’épicentre se trouvait sur l’île de Nias, au large de Sumatra. Un tsunami se forma à la surface du lac et atteint le niveau des maisons. Certaines maisons en bordure du lac s’effondrèrent même dans le lac, y compris la maison de mes parents. En entendant cela, je fondis en larmes et téléphonai directement à mes parents. Je souhaitais pouvoir rentrer pour les soutenir, les serrer dans mes bras pour alléger leur fardeau et pour savoir quelle était leur condition réelle. Néanmoins, mes parents s’y opposèrent en arguant que ma rentrée gênerait le bon déroulement de mes études. Ils essayèrent même de me changer les idées, moi qui était triste et en soucis pour eux. Mes amis me conseillèrent la même chose en me disant que si je continuais à être déprimée, mes parents le seraient d’autant plus. Finalement, je sortis de ma tristesse et tentai de m’égayer. Quelques mois après ce désastre, il y eut une information sur le panneau de l’administration de mon université qui invitait les étudiants qui avaient des parents victimes du tsunami et du tremblement de terre d’Aceh et de Nias à s’inscrire afin d’obtenir une bourse spéciale d’une ONG australienne. Je réussis à obtenir cette bourse et je fis la connaissance de Pamela Davis, représentante australienne de cette organisation qui souvent venait en Indonésie. Onze étudiants finalement reçurent cette bourse. Nous nous rencontrions souvent lorsque Pamela venait à Yogyakarta. Cette bourse allégea fortement le fardeau de mes parents jusqu’en 2007 lorsque je terminai mes études. J’appris de cette expérience que des gens biens venant d’aussi loin que l’Australie souhaitaient m’aider, de sorte que dans mon esprit je commençai à souhaiter qu’un jour je puisse travailler pour aider les gens victimes de désastres et les personnes en détresse. C’était là mon nouveau rêve.
Durant la troisième année d’université, nous étions obligés de suivre un stage pratique en développement dans un village délaissé de l’île de Java. Je fus placée, avec des amis d’autres facultés dans un petit village ayant des ressources en eau limitée car situé au centre d’un massif calcaire proche des rivages de l’Océan Indien. Ces deux mois passés parmi des habitants souffrant de sous-développement mais accueillants constituèrent une autre expérience intéressante dans ma vie. Moi et mes amis mirent en place un programme pour aider la population de ce village. Je me concentrai sur les femmes et les enfants en organisant des activités éducatives pour les enfants en de nombreux endroits du village, en instituant un « heure d’étude » pour les habitants, en accompagnant les femmes faire vacciner leurs enfants, en organisant une formation en nutrition des enfants de moins de cinq ans, en assistant le gouvernement à rédiger les actes de naissance des enfants, en apprenant aux élèves des écoles à bien se laver les mains et se brosser les dents. Pendant le week-end, lorsque de nombreux visiteurs viennent à la plage pour jouer dans les grandes vagues de l’Océan Indien, j’assistais l’équipe de sauveteurs maritimes en gardant la plage. Cette époque fut l’une des plus belles de ma vie. Je me sentais utile en vivant au milieu des villageois, des femmes et de leurs enfants. J’avais ainsi déjà exaucé une petite part de mon rêve, soit d’aider les enfants d’une région délaissée. Je me retrouvais à faire le même travail que les étudiants qui étaient restés deux mois dans mon village lorsque j’étais à l’école primaire et qui m’avaient tant impressionné.
Après cinq ans, je terminai mes études et reçus mon bachelor en philosophie, mais je fus un peu perdue par rapport à mon orientation professionnelle. Je décidai de partir pour l’île de Bornéo dans la province d’Est-Kalimantan où vivaient maintenant mes deux frères et un de mes oncles. Au début, j’espérais pouvoir travailler pour la protection des orangs outans mais mes demandes ne reçurent aucune réponse. Finalement, tout en continuant à chercher du travail, j’effectuai un programme de mission volontaire de mon église dans la jungle de la région de l’Ouest-Kutai. J’habitais avec la population locale en vivant comme eux, je jouais et enseignais aux enfants et me mêlais aux femmes du village. Leur vie au milieu de la forêt m’appris que de nombreuses personnes vivent encore loin de la modernité mais possèdent néanmoins une sagesse locale qui est porteuse de sens et qu’il vaut la peine d’étudier. Après quatre mois passés là-bas, mes parents me conseillèrent de chercher un travail plus « normal » dans une grande ville. Pour eux, faire ce que je faisais n’allait pas avec mon titre de bachelor. Afin de les respecter, je déménageai finalement à Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Jakarta est une ville pleine de gens venant des quatre coins de l’archipel indonésien, c’est une ville qui est congestionnée du matin au soir, c’est une ville emplie de la sueur des travailleurs, emplie de compétition et de vice. Bref, c’est une ville très complexe.
Le début de ma vie à Jakarta se traduisit par un travail d’administratrice d’expédition de matériel dans une entreprise vendant du matériel minier. Ce travail était bien loin du travail de mes rêves. Je continuais donc à envoyer mon dossier à quelques ONG qui travaillent dans le domaine de la femme, des enfants et de l’environnement. Tout au fond de mon cœur, j’espérais que mon rêve puisse se réaliser. J’habitais avec ma deuxième grande sœur qui était maintenant mariée et qui avait déjà deux enfants de moins de cinq ans. A quatre heures du matin, je devais me lever et partais au travail à cinq heures, j’arrivais sur mon lieu de travail à huit heures, travaillais durant huit heures et rentrait à la maison à vingt-et-une heures. Durant les vacances et les week-ends, je jouais avec mes neveux, j’aidais ma sœur à élever ses enfants, je changeais leurs couches, les baignais, les nourrissais et les faisais dormir. Vivre à nouveau entourée d’enfants m’apportait toujours une énergie positive. Mais la dynamique de la vie dans cette ville gigantesque me lassait de plus en plus chaque jour. Je travaillais uniquement pour soutenir une grande corporation minière qui détruisait la nature. J’avais honte de moi en me rappelant mon principe d’  « amour de la Nature ». Jusqu’au jour où je reçus un email m’invitant à un entretien pour une ONG spécialisée dans le bien-être des enfants. Mon cœur se mit à battre la chamade, était-ce enfin le moment de bouger ?
Après avoir passé par un très long processus de sélection, je réussis à être accepté pour un stage d’orientation de six mois sur l’île de Papouasie, dans la petite ville de Wamena située au cœur de la cordillère Jayawijaya. « Est-ce que je rêve ? Non ! C’est la réalité ! Je vais partir pendant six mois faire le travail dont j’ai toujours rêvé sur l’île de mes rêves ! N’est-ce pas exceptionnel ce que je vis ? » Je crois que l’esprit saint agit dans ma vie et que Dieu travaille à chacun de mes desseins. Avoir enfin la chance de poser le pied dans cette île isolée, exceptionnelle par la beauté de sa nature que jusque-là je ne pouvais seulement imaginer, mon sang se mit à bouillir. Je passai ainsi six mois à vivre de nombreuses expériences, à rencontrer des peuples traditionnels vivant dans les montagnes avec des enfants très chaleureux et enthousiastes avec les nouveaux arrivants ; six mois à être témoin des guerres tribales qui se produisent sans crier garde, à m’habituer à une langue indonésienne différente de l’Ouest et à la fraîcheur de l’air durant la nuit. J’appris à m’adapter à cette nouvelle et incroyable vie. Finalement le temps vint de retourner à Jakarta afin d’y subir mon évaluation et de savoir si je pouvais continuer à travailler au sein de cette ONG ou si je n’étais pas acceptée. Sur la base du résultat de mon rapport de stage et de la recommandation du staff de terrain, je fus acceptée pour travailler au sein de l’ONG internationale World Vision Indonesia avec un contrat de deux ans. Je fus placée dans la ville de Wamena en Papouasie. Vu que j’aimais vraiment vivre dans cette petite ville, cette décision me réjouit. J’étais vraiment reconnaissante envers mon ange gardien. La vision de World vision pour laquelle j’ai travaillé durant deux ans est la suivante : Notre vision pour chaque enfant, la vie dans toute son ampleur; notre prière pour chaque cœur, la volonté de l'accomplir. Toutes les activités  sont centrées sur le respect des droits de l’enfant. Les enfants que nous soutenons ont entre 0 et 18 ans. Je commençai à travailler en tant que  coordinatrice de développement communautaire dans les villages. Les projets qui étaient sous ma responsabilité étaient les projets d’éducation, de nutrition et de santé reproductive. Mes missions étaient de former les tuteurs qui enseigne dans les crèches, de conseiller les enseignants primaires afin qu’ils s’entraînent à enseigner d’une manière qui soit adaptée aux besoins des élèves, de conseiller les centres de soin locaux afin qu’ils puissent former des sages-femmes, d’organiser des workshops sur la nutrition, d’enseigner et de sensibiliser les adolescents à  la santé reproductrice, au SIDA. J’eus aussi la chance de suivre diverses formations liées à mon travail.
En travaillant comme agent de changement dans cette région, il est certain que j’ai rencontré beaucoup d’obstacles, entre autres l’accès aux villages. Celui-ci était loin d’être aisé. Il fallait suivre des pistes qui parfois avaient des trous ou coupées par des inondations ou des glissements de terrain. Il fallait même parfois traverser des rivières car les ponts étaient détruits. Il fallait ensuite monter à pied dans les montagnes  avec des maisons très éloignées les unes des autres. Une fois sur place, les activités devaient parfois être annulées parce que les participants n’étaient pas venus ou parce qu’une célébration avait lieu dans le village. De plus certains villageois refusaient la venue de l’équipe car nous n’apportions pas d’argent.  Enfin, les conflits tribaux récurrents avaient un très mauvais impact sur ma sécurité et celle de l’équipe. Néanmoins, d’un autre côté, ce qui réchauffa mon cœur fut la relation qui se créa entre moi, les villageois, les enfants et la nature et cette relation devint de plus en plus familière. Les enfants criaient « sœur Fatma » chaque fois qu’ils me voyaient arriver ou les villageois me saluaient toujours en me croisant sur la route. La chaleur de la population dans cette région m’enseigna la signification sincère du don. Le sourire sur leur visage me rendait toujours heureuse. Finalement, j’étais à nouveau utile à autrui.
Je travaillais dans cette ONG du matin jusqu’au soir et lorsque je rentrais chez moi, je continuais à enseigner aux enfants qui habitaient mon quartier. Ceci commença par deux enfants qui souvent nous saluaient moi et mes colocataires lorsque nous étions à vélo. Ils attendaient devant notre maison et semblaient vouloir faire connaissance. Nous les invitâmes à entrer et leur offrîmes des livres à lire. Dès le lendemain, le nombre d’enfants attendant devant notre porte commença à croître jusqu’à atteindre le nombre de 20 enfants de deux à onze ans. Moi et mes amies achetâmes donc du matériel scolaire, du matériel pour dessiner ainsi que des livres d’histoires pour enfants. Notre salon se transforma ainsi en un espace éducatif pour les enfants. Moi et mes amies y vîmes l’opportunité de partager et d’apprendre plein de choses directement des enfants. Nous créâmes un planning avec un thème pour chaque fin d’après-midi. Moi qui m’intéresse aux questions de santé en profitai aussi pour leur apprendre les règles d’hygiène élémentaire. Ceci commença par l’apprentissage du lavage de mains « optimal », du brossage des dents, des conseils pour la toilette, pour le changement d’habits et aussi pour la propreté des parties intimes. Notre école informelle durait généralement deux heures. Quelque fois, leurs parents amenaient leurs enfants plus petits pour qu’ils se mélangent aux autres et revenaient les chercher à la fin. Durant le processus d’apprentissage, je pus observer de nombreux changements positifs chez ces enfants. Ils devinrent plus propres, plus polis, plus intéressés à la lecture, plus sociables et plus sûrs d’eux. Ceci est vraiment un résultat que je n’aurais jamais imaginé avant qu’il se présente à mes yeux. Les enfants m’appelaient moi et mes amies « maîtresse ». Chaque soir, ils attendaient tous devant le portail de la maison et commençaient à nous poursuivre en courant lorsqu’ils voyaient nos vélos arriver, tout en demandant « Maîtresse, on peut étudier ? On peut étudier maintenant ? » D’autres me disaient : « Je me suis déjà lavée maîtresse ! ». Le fait d’être avec ces enfants me rendait à nouveau très heureuse et je me reconfirmais dans mon cœur que c’était la possibilité de me sentir utile envers les enfants dans le besoin qui me procurait ce sentiment. Après deux ans, je décidai néanmoins de terminer mon contrat dans cette ville. Il fut difficile de me séparer d’eux mais je suis fière que nous ayons vécu ensemble cette belle aventure.

Pour la première fois, je changeai de pays et m’installa à Kota Kinabalu en Malaisie. Là j’aidai mon fiancé et devins volontaire durant trois mois dans les montagnes de la région de Sabah sur l’île de Bornéo. Je partageai mes connaissances sur l’hygiène corporelle et la santé reproductive avec les enfants immigrants d’Indonésie et j’enseignai également l’anglais pour les enfants des ethnies autochtones de l’intérieur de l’île. Nous appréciâmes grandement ce travail et cette proximité. Malheureusement, après trois mois je n’eus pas le droit de prolonger mon permis de séjour et je fus contrainte de retourner en Indonésie. J’en profitai pour commencer à apprendre le français à l’Alliance française de Yogyakarta. J’étais ainsi  revenue étudier dans la ville où j’avais construit mes rêves. Après trois mois de cours, je me rendis à Jakarta et habitai chez ma troisième sœur qui avait désormais une petite fille d’un an. Tout en organisant mon départ pour la Suisse, j’aidai ma grande sœur à garder son enfant, à la changer, à la nourrir, à  la baigner, à jouer et à me promener le soir avec elle. Finalement, le moment du départ arriva. Ce fut le moment de quitter mon pays, ma famille, mes amis et tous les enfants qui restent dans mon cœur. Ce fut difficile mais il le fallait pour que je puisse commencer une nouvelle vie avec l’élu de mon cœur. Ainsi commença une nouvelle vie dans un nouveau pays avec une nouvelle culture, une nouvelle langue, un nouveau climat et de la nourriture nouvelle, Ceci nécessita un long temps d’adaptation. Bien entendu que ce n’est pas évident mais si je regarde le chemin de vie que j’ai déjà parcouru, changeant de nombreuses fois de domicile et de région, j’ai toujours réussi à bien m’adapter. Tout en continuant à apprendre le français à l’Université de Lausanne, je commençai à réfléchir au métier que je souhaite faire dans le futur. Vivre pendant trente ans est suffisant pour connaître mon for intérieur, mes intérêts, mes talents et mes souhaits. Actuellement, je suis certaine dans mon cœur et mon esprit que je veux vraiment m’investir pour les enfants, je veux seulement travailler pour les enfants en tout temps, je veux toujours être utile aux enfants, je me sens exister lorsque je suis avec des enfants, je suis heureuse entourée d’enfants. J’ai donc décidé de devenir une bonne éducatrice pour les enfants dans ce pays et peut-être pour les autres enfants dans le monde entier. 

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